Musée des Soieries Bonnet

Les Soieries Bonnet

La visite duMusée des Soieries Bonnetvous ramènera au XIXesiècle, époque à laquelle Lyon, importante place de fabrication de la soie, fut le berceau des Soieries Bonnet.
Sélectionnez dans la liste ci-dessous la partie qui vous intéresse :

Musée Soieries Bonnet à Jujurieux, Ain

Légende de la Soie

Selon la tradition chinoise, la légende débute dans la haute Antiquité, vers 2696 av. J.-C., avec l'impératrice Leizu, épouse de l'empereur Jaune (Huangdi). Cette légendaire impératrice était liée à Xiwangmu, la Reine-Mère d'Occident, personnage de la mythologie chinoise. C'est à elle que l'on attribue la découverte de la soie et l'invention du métier à tisser.

Plusieurs récits s'accordent autour de cette découverte :

La première version raconte qu'un jour, alors qu'elle buvait son thé, un cocon tomba dans sa tasse. La chaleur détendant le fil de soie, elle se rendit compte de la douceur et de la légèreté de la matière.

La seconde légende nous entraîne dans les montagnes de l'Est, où l'empereur Huangdi rencontra Leizu. Étonné par son histoire, il lui demande de lui apprendre à tisser la soie. Leizu accepta à la condition qu'il l'épouse. Elle lui expliqua qu'ayant consommé des fruits dans le jardin de la Reine-Mère, elle s'était mise à tousser des fils de soie, ce qui lui valut d'être envoyée sur Terre où elle fut recueillie par la tribu Xiling. Depuis ce jour, Leizu enseigna aux jeunes filles l'art d'évider les cocons et de fabriquer des écheveaux.

Une autre variante encore rapporte que Leizu observa un ver à soie se nourrissant de feuilles de mûrier ; en le plongeant dans son thé chaud, elle vit un fil s'en détacher. Elle demanda alors à son époux un jardin pour y planter des mûriers et élever des vers à soie, inventant le moulinet à soie et généralisant ainsi la production en Chine.

(Source : Wikipédia)

L'impératrice Leizu enseignant la sériciculture sous la dynastie Qing

Gravure extraite de l'ouvrage « 廿一史通俗衍義 » (1736). Domaine public, via Wikimedia Commons.

La Route de la Soie

Il y a plusieurs millénaires, la Chine détenait le secret de fabrication de la soie, le plus ancien fragment retrouvé datant de 2750 av. J.-C. Ce secret a fait l'objet d'intenses échanges commerciaux entre la Chine et l'Occident le long des routes de la soie, transitant de Chang'an à Antioche pour acheminer cette précieuse marchandise qui valait son pesant d'or il y a 2 000 ans. Les étapes furent longues avant que les méthodes de fabrication ne parviennent en France : de l'Empire romain d'Orient à Byzance (où furent établies des fabriques impériales), en passant par la Perse qui maîtrisait les techniques de tissage empruntées à l'Égypte, puis par la Syrie, l'Espagne, Catanzaro, la Sicile (célèbre pour ses fines soies) et enfin d'autres cités italiennes qui exportaient dans toute l'Europe.

Le cocon et la soie

La soie est une fibre naturelle d'origine animale produite par certains insectes. Si l'on pense immédiatement au ver à soie par excellence — le Bombyx mori (le ver à soie du mûrier) — ou au ver à soie tasar (ou tussah) utilisé pour la soie sauvage en Inde, d'autres espèces (comme certaines araignées) produisent également des fils réputés pour leur résistance et leur élasticité, bien que notre sujet se concentre ici sur l'industrie textile.
Le cocon, qui protège la chrysalide, pèse environ 5 grammes et n'est constitué que d'un seul fil de soie continu qui peut atteindre plus d'un kilomètre de long, pour une finesse remarquable (plus fin qu'un cheveu). Il faut ainsi environ 11 kg de cocons pour obtenir 1 kg de soie pure.
Lors de l'achat d'articles en soie, il est fréquent de rencontrer l'unité des « mommes ». Ce terme désigne une jauge traditionnelle japonaise qui mesure le poids de la soie au mètre carré. Plus le chiffre est élevé, plus le tissu est lourd, durable et luxueux.
Une momme équivalant à 4,3056 g/m², il suffit de multiplier cette valeur par le nombre de mommes pour connaître le poids du tissu :

  • 10 mommes : idéal pour les vêtements légers et aériens.
  • De 12 à 19 mommes : couramment utilisé pour le linge de lit et l'habillement de qualité courante.
  • 22 mommes et au-dessus : une excellente qualité haut de gamme, plus dense, durable et rare sur le marché.
Cocons et fil de soie

La Grande Fabrique

L'histoire de la soie en France ne débute pas à Lyon : dès le XIIIesiècle, Paris et Rouen fabriquaient déjà des draps, des velours et des étoffes de soie. Cependant, c'est sous l'impulsion royale — notamment avec Louis XI en 1466, puis sous François Ieret Henri II — que Lyon est devenue la capitale incontestée du tissage et l'unique entrepôt des soies étrangères en France.
Malgré les crises, les révolutions et les bouleversements politiques (comme la révocation de l'édit de Nantes), la Fabrique lyonnaise a su s'imposer durablement grâce à l'excellence de ses maîtres-tisseurs, de ses dessinateurs de renom et à la maîtrise du« façonné ».

Au XVesiècle, Louis XI fit venir en 1466 à Lyon une vingtaine d'ouvriers d'Italie et de Grèce, qu'il transféra ensuite à Tours pour créer la Manufacture royale. D'autres tisserands italiens s'établirent par la suite à Lyon, insufflant un nouvel élan aux draps d'or et de soie.
Charles VIII renforça ces privilèges et enjoignit de marquer les étoffes de soie du sceau de la ville de Lyon.
Sous François Ier, par une charte de 1537, les privilèges furent encore élargis pour attirer les artisans étrangers. Lyon devint en outre l'unique entrepôt de toutes les soies étrangères entrant en France.
Un siècle plus tard, sous Henri II, 12 000 maîtres et ouvriers étaient recensés. Lors de la révocation de l'édit de Nantes, la Fabrique lyonnaise perdit les deux tiers de ses ateliers, mais rebondit spectaculairement pour atteindre 18 000 métiers.
La Fabrique s'attacha les services des meilleurs dessinateurs pour créer des motifs d'une grande finesse, faisant la fortune artistique de la ville. On peut citer Jean-François Bony et Antoine Berjon. Toutes les cours d'Europe recherchaient exclusivement les étoffes manufacturées à Lyon.
Toutefois, tant qu'une entreprise n'avait pas réussi à acquérir la maîtrise du« façonné », elle ne pouvait prétendre au rang d'établissement souverain, sous peine d'être rapidement égalée, imitée ou dépassée.

Médailler des petits-fils de Claude-Joseph Bonnet
Portrait de la famille Bonnet
Buste de Claude-Joseph Bonnet
Médailler de Claude-Joseph Bonnet

La Révolution industrielle

À la suite de la Révolution française et de la disparition des classes fortunées, on note en 1793 un nouveau déclin des soieries lyonnaises, ne laissant plus que 2 500 métiers en activité sur les 18 000 que comptait initialement la Grande Fabrique.
La reprise économique et industrielle ne pouvait passer que par une refonte du modèle et la production d'articles à la portée d'un plus large public.
Après l'apaisement de la tourmente révolutionnaire, l'industrie de la soie se relève. Lors du passage de Napoléon Ierà Lyon en 1805, la machine de Joseph-Marie Jacquard est exposée pour la première fois, révolutionnant l'industrie textile. Entre 1804 et 1812, on dénombre 12 000 métiers ; leur nombre s'élève ensuite à 20 000 en 1819, pour atteindre le chiffre record de 50 000 en février 1848. C'est durant cette période d'essor, en 1810, que la maison Claude-Joseph Bonnet est créée à Lyon.
Le métier de Jacquard — dont les jalons technologiques remontent à 1745 et qui est perfectionné de 1801 à 1812 — marque une évolution majeure pour l'industrie du tissage, tout en engendrant des tensions sociales menant aux célèbres révoltes des canuts, qui craignaient le chômage de masse. Ces mouvements de contestation et les affrontements qui s'en suivirent dans toute la ville impliquèrent d'autres corporations, allant jusqu'à des gardes nationaux refusant d'ouvrir le feu sur les ouvriers. Sur ce sujet, on lira avec grand intérêt l'ouvrage « C’est nous les Canuts… »de Fernand Rude.

Kimono et créations en soie

De Lyon à Jujurieux

En quelques années, l'entreprise connaît un très bel essor en fabriquant des tissus noirs et unis — taffetas, satin et faille — pour la Fabrique, tout en s'évitant l'utilisation initiale de la machine Jacquard.
Face aux difficultés d'approvisionnement en matières premières, Claude-Joseph Bonnet décide de produire lui-même sa propre soie. Il crée en 1834 son usine à Jujurieux, fonctionnant à la force hydraulique puis à la vapeur, passant d'une soixantaine de métiers à près de 900.
En collaboration with François Gillet, il met au point le fameux « noir impérial », propulsant les Soieries Bonnet au rang mondial de la qualité et récoltant de nombreuses médailles.

L'atelier initial de filature et de moulinage s'est vu complété par l'ourdissage et le pliage, intégrant les usines de Lyon (Croix-Rousse et rue des Capucins). L'entreprise s'est ensuite étendue with de nouveaux ateliers à Jujurieux, ainsi qu'à Voiron (Isère) et Paesana dans le Piémont italien.

La transmission : Marié en 1813 à Marie Framinet, ils eurent cinq enfants dont aucun ne manifesta le désir de reprendre l'affaire. Leur fille Gasparine, mariée à Joseph-Jean Cottin, eut trois enfants qui jouèrent un rôle clé. Dans son testament, Claude-Joseph Bonnet légua la majorité de ses biens à ses petits-fils Antoine-François Richard et Cyrille Cottin. À la suite de différends with les autres cohéritiers, ces derniers fondèrent la nouvelle société Les Petits-Fils de Cl.-J. Bonnet.


Quand la Haute Couture s'invite aux Soieries Bonnet : Denis Durand

L'histoire prestigieuse des Soieries Bonnet ne s'arrête pas au passé industriel. Elle continue d'inspirer les créateurs contemporains. Lors de l'exposition temporaire « Soie en scène », le couturier lyonnais Denis Durand a fait résonner ses œuvres au cœur même des anciens ateliers de production.

Cette collaboration marque un retour aux sources : à ses débuts dans les années 1990, le couturier achetait ses précieuses étoffes directement auprès de la manufacture de Jujurieux. Ses créations uniques offrent un contraste saisissant entre la rigueur des machines en fonte et la fluidité de la soie.

Robe de soirée noire Denis Durand - Soieries Bonnet

Robe à traîne noire, décolleté en biais et broderie florale en S.

Robe sirène imprimée Denis Durand - Soieries Bonnet

Robe sirène à motif graphique mat et basque structurée.

Métier Jacquard et ateliers du musée des Soieries Bonnet

Les petites mains

Dans les ateliers et les foyers où les métiers à tisser étaient installés, les enfants dès leur plus jeune âge étaient formés naturellement à cette profession. Une première statistique du nombre d'ouvriers en 1873 nous apprend que sur 67 698 ouvriers, 5 577 étaient des hommes, 51 136 des femmes et 10 935 des enfants, alors que 4 ans plus tard, celui des hommes descend à 3 782, celui des femmes à 38 782 et les enfants à 16 334. Femmes et enfants représentaient 92 à 93 % des emplois(Source : Bulletin des soies et soieries).
Un grand nombre d'enfants ont travaillé dès leur plus jeune âge dans les ateliers de soierie, chez Bonnet, à la Grande Fabrique et ailleurs.
La loi de l'époque en vigueur stipulait qu'un enfant, pour être admis, devait avoir huit ans au minimum. De huit à douze ans, ils ne pouvaient travailler plus de huit heures par jour avec un moment de repos. Cette réglementation sera appliquée jusqu'en 1874, où l'âge limite légal passera à douze ans.

Atelier d'ouvriers en soierie. MM. Lemyre frères, à Lyon
Atelier d'ouvriers en soierie — MM. Lemyre frères, à Lyon (Source : Google Books)

La soie artificielle : la rayonne

En raison du coût élevé de la soie naturelle, son déclin s'amorce vers 1855 avec l'invention par le chimiste suisse Georges Audemars d'un fil semi-synthétique de soie artificielle, non issu duBombyx mori.
Quelques années plus tard, en 1884, le comte Hilaire de Chardonnet brevète sa méthode de production d'un filament de cellulose appelé « la rayonne », connue sous le nom de fibre régénérée et fabriquée à partir d'une ressource naturelle : la cellulose contenue dans la pâte à bois.
On peut encore visiter aujourd'hui à Vaulx-en-Velin, dans le quartier du Carré de soie, l'usine TASE construite en 1925.

Patrimoine industriel de la rayonne

Autres musées et sites partenaires

En Auvergne-Rhône-Alpes, plusieurs musées vous proposent des visites en lien avec la soie et les tissus :

  • Rhône - Lyon
    • Le Musée des Tissus et des Arts décoratifs.
    • La Maison des Canuts, un musée privé proposant des visites d'ateliers avec démonstration de tissage les samedis.
    • Musée Soierie Vivante, dirigé par une association de sauvegarde, qui accueille les visiteurs dans un atelier municipal de passementerie et un atelier de tissage.
    • Soierie St-Georges, découverte du tissage de la soie et de l'or.
    • Usine Tase à Vaulx-en-Velin, tissage de la rayonne.
  • Isère - Vienne
    • Musée de l'industrie textile, retraçant l'activité du textile depuis le XVIIesiècle.
  • Isère - La Bâtie-Mongascon
    • Musée du Tisserand dauphinois, présentant le patrimoine industriel du tissage de la soie en Nord-Isère (voir le site internet).
  • Isère - Bourgoin-Jallieu
    • Musée de Bourgoin-Jallieu, consacré aux beaux-arts et à l'industrie du textile dans le Nord-Isère.
Atelier de tissage

Sources

Les Métiers Manuels, Tours de Main et Ficelles d'Atelier, par J.P. Houzé, page 269 et suivantes : La Soie.
Les Artistes étrangers à Lyon, par Natalis Rondot, page 14.
L'ouvrier en soie, monographie du tisseur lyonnais, par Justin Godart, édition Slatkine.

Informations pratiques & Horaires

  • Adresse :Jujurieux, 01640 Jujurieux (Ain)
  • Visites & Découverte :Découvrez l'histoire prestigieuse des soieries Bonnet, des ateliers de fabrication au village ouvrier.
  • Tarifs :Se renseigner sur place ou auprès de l'office de tourisme pour les conditions de visite.
  • Site officiel :Consulter le site officiel des patrimoines de l'Ain

Instants Choisis dans l'Ain